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Dr Angelica Meers: «Ce n'est pas si compliqué d'être un bon médecin en Occident ! »

Angelica Meers, gynécologue, est volontaire de terrain chez Médecins Sans Vacances. Au cours des dix dernières années, elle est partie 5 fois en mission au Bénin et en RD Congo pour échanger des connaissances avec ses confrères africains. Angelica part toujours en mission avec un esprit ouvert et en revient avec beaucoup d'humilité. Ce qui la motive, c'est de faire la différence.

D'où vient votre engagement pour Médecins Sans Vacances?

« Je connaissais Médecins Sans Vacances depuis longtemps via des collègues. Après la naissance de mon cadet, j’ai pu me libérer pour partir pour la première fois en mission. Et je poursuis cette voie car je remarque à chaque fois que notre interaction fait une différence considérable pour les médecins locaux et les professionnels de la santé et, par conséquent, pour les femmes que nous soignons pendant la mission. Je trouve cela très important.  Faire une différence grâce à mes capacités et mes connaissances me fait toujours du bien. Je considère mon emploi comme une vocation. Redonner une qualité de vie à une femme souffrant de problèmes gynécologiques en traitant avec professionnalisme ses plaintes, je travaille et je vis pour ça. »

De quelle manière sentez-vous que vous faites la différence?

« Je le remarque à de nombreux niveaux. Il y a les aspects pratiques que vous parvenez à améliorer avec les médecins locaux. Et il y a, par ailleurs, le contact que vous développez avec eux. J’ai par exemple effectué quelques missions dans l’hôpital de district de Walungu à l’Est de la République démocratique du Congo. J’y constate une véritable avancée au niveau de l’hygiène des mains, du suivi de la mère et de l’enfant après la naissance, de la prise de décisions correcte quant à la nécessité d’une césarienne ou la possibilité d’accoucher par voie basse… Toutes des situations sur lesquelles les médecins locaux nous avaient demandé de nous pencher avec eux, afin de voir quels progrès seraient possibles. Ce n’est donc pas un hasard si ces aspects se sont améliorés ! »

Qu'emportez-vous pendant vos missions et que rapportez-vous à votre retour?

« Ce que j’emporte en mission, ce sont mes valises en tant que médecin. Mais je suis également émerveillée et curieuse à propos de ce qui anime les gens que je vais rencontrer. La médecine est ma passion et rencontrer des gens d’une autre culture par ce biais est pour moi un privilège. À mon retour à la maison, je ramène surtout de la modestie. Être un bon médecin ici, en Occident, n’est pas si compliqué. Par contre, aider vos patients alors que vous êtes en manque d’électricité, d’eau potable, de fils de suture, d’analyses techniques, de médicaments, etc. demande une grande créativité. »

Pouvez-vous donner un exemple de cette créativité ?

« Ce dont je me souviendrai toujours, c'est de la chirurgie abdominale que j'ai pratiquée avec un médecin local dans un petit hôpital de campagne en RD Congo chez une fille d'à peine dix ans. L’enfant devait être opéré en urgence en raison d’une suspicion d’appendicite. La commande de médicaments de Médecins Sans Vacances était bloquée à la frontière et l’hôpital ne disposait que de trois flacons d’anesthésiant. Mais nous ne pouvions pas attendre pour opérer! Au moment de l’incision de la peau, les infirmières, le médecin local et, plus tard, la patiente commencèrent à chanter. Un chant africain répétitif, hypnotisant, jusqu’à la fin de l’intervention. Des larmes coulaient sur les joues de cette courageuse jeune fille – qui a dû ressentir une douleur atroce – mais elle a pu quitter l’hôpital le lendemain, saine et sauve. Alors que nous, occidentaux, envisageons l’hypnose comme complément aux antidouleurs et à l’anesthésie, nos collègues africains, eux, le font spontanément parce qu’ils n’ont parfois pas d’autres moyens. »

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