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Le projet Jenga Maarifa en 6 questions

« Le savoir guérit » : telle est la devise de Médecins Sans Vacances. Et cela ne vaut pas uniquement pour le personnel (para)médical. Dans le domaine technique aussi, l’échange de connaissances est indispensable. Retour sur le projet Jenga Maarifa avec le Dr Augustin Ntambwe, coordinateur de projet chez Médecins Sans Vacances. 

Qu’est-ce que le projet Jenga Maarifa?

« Il s’agit d’un projet de formation développé en partenariat avec la province du Brabant flamand en RD Congo, plus précisément dans la province du Sud-Kivu. Cette formation, étalée sur deux ans, est destinée aux techniciens biomédicaux en poste dans les hôpitaux. L’objectif est que ceux-ci acquièrent les connaissances théoriques et pratiques nécessaires sur les dispositifs médicaux et infrastructurels. Mais aussi qu’ils comprennent leur rôle et la nécessité de la maintenance préventive et curative des appareils médicaux et qu’ils développent les compétences techniques fondamentales pour les réparer. »

À quelle problématique ce projet de formation répond-il ?

« Les hôpitaux d’Afrique subsaharienne sont quotidiennement confrontés à des infrastructures défaillantes. Environ 50% des équipements biomédicaux ne fonctionnent pas, ne sont pas utilisés de manière optimale ou ne sont pas entretenus. Les appareils sont obsolètes, les pièces de rechange sont trop coûteuses ou ne sont pas disponibles, et les techniciens ne sont pas formés. Du coup, certains appareils tombent en panne et ne sont jamais réparés. Or, offrir des soins de santé de qualité à la population locale n’est possible qu’avec du matériel adéquat et des personnes capables de l’entretenir. C’est pour cela que le projet Jenga Maarifa est si important. »

La formation de deux ans a pris fin en août 2018. Quels changements avez-vous observés ?

« Le plus grand changement est clairement lié aux compétences acquises : les participants à la formation sont maintenant de véritables techniciens biomédicaux qui ne se contentent plus de « bricoler » lorsqu’un appareil tombe en panne. Leur confiance et leur estime de soi se sont améliorées. La collaboration entre techniciens et médecins est aussi meilleure, et les techniciens peuvent former ces derniers à l’utilisation des appareils. De plus, via un groupe WhatsApp, les participants communiquent entre eux sur les différents problèmes rencontrés et ils se concertent pour trouver localement les pièces de rechange. »

D’autres personnes bénéficient-elles aussi de l’apport de Jenga Maarifa ?

« Oui, il n’y a pas que les participants qui en tirent du positif. Au niveau des hôpitaux aussi, nous avons observé des changements: en effet, les hôpitaux dans lesquels les techniciens évoluent prennent conscience de la fonction et de l’importance d’un technicien de maintenance. De plus, certains hôpitaux qui manquaient de techniciens en ont recrutés. Leur fonction est valorisée et ils sont impliqués et consultés lors des conseils d’administration. Au niveau de la Division Provinciale de la Santé aussi, les choses bougent : il y a une meilleure compréhension de l’importance d’une stratégie biomédicale ! »

Et les patients?

« Bien évidemment, les bénéficiaires finaux de ce projet, ce sont les patients des hôpitaux. Offrir des soins de santé de qualité aux patients n'est possible qu'avec du matériel biomédical qui fonctionne correctement et qui est bien entretenu par des techniciens formés. »

Quels sont les plans pour le futur ?

« Le projet Jenga Maarifa s’est clôturé en août 2018, mais a ouvert la porte à d’autres projets futurs, et   nous espérons pouvoir le faire perdurer chez d’autres partenaires. Il est d’ailleurs prévu que le module de base soit enseigné à des techniciens biomédicaux de Kinshasa en 2019. Une « summer school » (cours d’été de 3 semaines) sera organisée en juillet 2019 pour rafraichir les connaissances et compétences des participants déjà diplômés. De manière plus large, Jenga Maarifa a mis en lumière le besoin de sensibiliser les décideurs et partenaires médicaux sur la problématique de l’entretien et de maintenance du matériel biomédical en RD Congo, au Burundi, au Bénin, mais aussi en Belgique ! »

   

Dr. Augustin Ntambwe, tweede van links.

  

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