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« Au-delà d’un partage de connaissances, il y a aussi un partage d’humanisme ! »

Tayeb Slaouti est pédiatre et travaille comme volontaire de terrain chez Médecins Sans Vacances depuis près de 10 ans. Il a effectué de nombreuses missions au Bénin, au Rwanda et en RD Congo. Aujourd’hui, il partage avec nous son expérience.

Raconte-nous tes débuts avec Médecins Sans Vacances ?

« J’ai connu Médecins Sans Vacances alors que je travaillais comme volontaire avec un autre organisme à l’Hôpital de Kalembe Lembe à Kinshasa. Nous y avions ouvert une unité de néonatologie. L’année suivante, Médecins Sans Vacances a repris le projet et je me suis alors engagé comme volontaire de terrain. Cela fait maintenant 9 ans que je pars en mission avec Médecins Sans Vacances. »

Qu’est-ce qui te motive dans le travail de volontaire de terrain ?

« Tout d’abord, la notion de partage avec mes collègues africains me motive énormément. Nous partageons bien entendu des connaissances et des compétences médicales, mais il y a aussi un partage d’humanisme : les échanges humains sont nombreux et riches. Lorsque je retourne dans le même hôpital plusieurs fois, je développe des relations privilégiées avec le personnel local : on se comprend mieux et on peut communiquer de manière efficace car on ose se dire les choses. Je suis également stimulé par le sentiment d’être utile en tant que pédiatre là les besoins sont grands. Et puis, cela m’encourage de constater que, mission après mission, il y a du progrès sur le terrain ! »

As-tu un exemple de ces progrès ?

« Bien sûr ! Au Bénin, lors d’une mission à l’Hôpital de Nikki, nous avons par exemple mis en place des protocoles pédiatriques pour la gestion des grands brûlés : comment gérer la douleur, comment effectuer les soins des plaies… Lors de ma seconde mission dans cet hôpital, en octobre dernier, j’ai pu constater qu’ils appliquaient bien ces protocoles et prenaient correctement en charge les enfants gravement brûlés ! Mais les connaissances voyagent aussi entre les différents hôpitaux partenaires de Médecins Sans Vacances : j’avais enseigné des protocoles pédiatriques pour la gastro-entérite à Kalembe Lembe au Congo ; lors d’une mission ultérieure à l’Hôpital de Kabgayi au Rwanda, ces mêmes protocoles étaient affichés dans le local pédiatrique ! »

Quelles difficultés rencontres-tu sur le terrain ?

« Il y a plusieurs obstacles à surmonter lorsqu’on est volontaire de terrain : on quitte d’abord sa zone de confort, les journées sont longues, on est immergé dans une autre culture… Un autre facteur difficile à vivre est l’injustice du contexte : les enfants arrivent à l’hôpital dans un état souvent critique et décèdent parfois de maladies pourtant évitables. Il y a aussi le contraste entre notre excès de motivation et la réalité du terrain qui est important. En tant que volontaire de terrain, nous mettons souvent la barre très haut et aimerions faire d’immenses progrès avec nos confrères locaux en peu de temps. Or, les moyens sur place sont limités et nous ne restons que pour une courte durée : tout ne s’améliore donc pas en un temps record et c’est bien normal. C’est pourquoi il est important de trouver le bon équilibre entre optimisme et pragmatisme !»

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