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Le coronavirus en RD Congo

Le Dr Yves Kluyskens, cardiologue et volontaire de terrain, a consigné par écrit ses observations concernant le coronavirus en RD Congo - plus précisément à l'hôpital de Katako-Kombe - où il est actif en tant que volontaire depuis des années.

Depuis la mi-mars, le coronavirus a fait son apparition au Congo, plus précisément à Kinshasa et, pendant une courte période, à Bukavu. C'est également le cas dans les autres pays d'Afrique subsaharienne. Bien qu'il faille être prudent avec les données statistiques, il apparaît après quelques semaines que le déclenchement catastrophique attendu de l'épidémie n'a pas eu lieu jusqu'à présent. Les mesures de distanciation sociale sont presque impossibles, surtout dans les bidonvilles densément peuplés, et le système de santé n'est pas capable de traiter de nombreux cas compliqués; dans les hôpitaux ruraux, il est presque impossible d'isoler les patients.

Le même phénomène, plutôt inattendu, se produit également dans d'autres régions tropicales comme en Asie du Sud-Est. Bien qu'il faille rester prudent avec de telles déclarations pour ce qui est encore à venir, un certain nombre d'hypothèses ont été avancées qui pourraient fournir une explication. L'un d'eux est la structure démographique de ces pays, avec une importante population très jeune, dont on sait que le rôle dans la propagation du virus est plutôt limité, et une petite population âgée, qui est aussi le groupe le plus vulnérable, comme le montrent leurs statistiques de mortalité.

Des mesures drastiques

Les autorités congolaises ont pris assez rapidement un certain nombre de mesures drastiques, notamment en évitant l'importation de cas de l'étranger et l'exportation de cas de Kinshasa vers l'intérieur du pays; les vols intérieurs ne sont toujours autorisés que pour le transport de marchandises essentielles. Des mesures relatives à l'hygiène des mains, au port de masques buccaux, à la distanciation sociale, à l'isolement des malades et à la fermeture des zones fortement contaminées ont été mises en place à Kinshasa et appliquées dans la mesure du possible. Au niveau national, les mesures ont été répercutées à tous les niveaux intermédiaires (en particulier les départements provinciaux de la santé) afin de se préparer à une éventuelle épidémie locale.

Effets secondaires

Les effets secondaires de toute épidémie dangereuse sont la propagation des théories du complot, ainsi qu'une tendance à réagir de façon excessive et à susciter une peur extrême au sein de la population. Même en l'absence de la maladie dans une région, les structures médicales sont évitées avec toutes sortes de conséquences négatives: plus de suivi des maladies chroniques telles que le sida, la tuberculose et la malnutrition, pas de traitement rapide et correct des épisodes de malaria et des infections graves, négligence des vaccinations, etc. Il est à craindre qu'il y ait beaucoup plus de décès que ceux causés par le coronavirus.

Prévention et plan d'action

À Katako-Kombe, ils ne sont pas restés les bras croisés. Dès que la nouvelle de la présence du virus au Congo s'est répandue, Memisa et Médecins Sans Vacances ont élaboré un plan d'action pour utiliser les ressources disponibles, afin d'être préparés très rapidement à une éventuelle épidémie sur place. Nous savons que nous ne pouvons pas gérer beaucoup de cas graves; la ventilation n'est pas possible à l'hôpital, mais l'oxygène est disponible. Il est donc préférable de prendre rapidement des mesures préventives plutôt que d'avoir à hospitaliser des patients.

Immédiatement, les couturières locales ont été appelées à fabriquer un grand nombre de masques buccaux selon les normes prescrites, ainsi que des vêtements de protection pour le personnel soignant. La bonne connexion à Internet facilite la communication et la recherche d'informations sur des sites spécialisés (tels que ceux de l'Organisation Mondiale de la Santé). En l'espace de quelques semaines, tous les travailleurs de la santé et tous ceux qui se préoccupent du bien-être des villageois au sein de la communauté (appelés "relais communautaires") ont été formés aux mesures de base pour se protéger et protéger la population. Par le biais de la radio locale, une personne respectée, responsable de la zone de santé, diffuse les mesures proposées. La troupe de théâtre de l'hôpital, qui voyage depuis des années pour transmettre des messages sur les problèmes de santé, a produit une pièce sur le thème qu'elle joue dans les villages. De grandes quantités de savon liquide, de désinfectants, de thermomètres infrarouges, de gants, ainsi que des affiches et du matériel promotionnel ont été envoyés par avion-cargo depuis Kinshasa. Certains médicaments qui s'avèrent utiles dans des cas compliqués ont également été délivrés.

Grâce à ces mesures, nous espérons pouvoir contenir une épidémie si le virus devait atteindre la région. Nous sommes convaincus que Katako-Kombe, grâce au dynamisme et aux capacités de l'équipe locale et à la coopération avec Memisa et Médecins Sans Vacances, peut servir d'exemple pour d'autres zones de santé rurales au Congo.

Dr Yves Kluyskens

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