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Veronique Coppin: «Avec de petits changements, on atteint déjà de grands résultats»

Veronique Coppin est infirmière psychiatrique à l’hôpital psychiatrique St.-Franciscus-De Pelgrim. Depuis de nombreuses années, elle effectue des missions en psychiatrie en tant que volontaire de terrain au sein de nos hôpitaux partenaires.

Première infirmière psychiatrique   

«À l’époque, je travaillais à l’hôpital Sint-Elisabeth Zottegem et mon chef de service était Herwig Colaert, psychiatre et volontaire chez Médecins Sans Vacances. C’est lui qui m’a fait connaître l’organisation et m’a motivée à partir en mission. Il trouvait cela important que les missions psychiatrie ne soient pas uniquement effectuées par un psychiatre. C’est ainsi que je suis devenue la première infirmière psychiatrique à partir en mission avec Médecins Sans Vacances.»

Les maladies mentales mal connues par la société

Dans les pays où nous travaillons avec Médecins Sans Vacances, la société diabolise les personnes souffrant de troubles psychiatriques. La vie pour les malades mentaux est très dure: ils sont rejetés par leur entourage et leur famille, souvent même enfermés ou enchaînés. «Les gens ont peur car ils ne comprennent pas qu’il s’agit-là de maladies pouvant être traitées.» explique Veronique. «De plus, le chemin est long avant que les patients n’arrivent à l’hôpital: les patients vont toujours d’abord consulter une chambre de prière, un sorcier ou un tradipraticien. Ils arrivent donc à l’hôpital dans un état avancé!»

Privilégier l’approche pluridisciplinaire

En psychiatrie, il est essentiel de travailler avec une équipe multidisciplinaire. En effet, pour poser le diagnostic chez un patient et lui proposer une prise en charge adaptée, il faut observer son comportement dans différentes situations: en consultation, en groupe, au travail, à la maison, quand il est seul, en séance d’ergothérapie… Il importe donc qu’il soit suivi par des professionnels de différentes spécialités. «Ce volet pluridisciplinaire est l’une des premières choses sur lesquelles nous travaillons avec l’hôpital partenaire. Nous mettons notamment en place des «teams» et des tours de salle, lors desquels les différentes disciplines se rassemblent autour du patient et discutent ensemble du diagnostic et de la bonne prise en charge de son cas.»

  

De vrais progrès sur le terrain

Lors des missions de psychiatrie, les volontaires de terrain forment le personnel à la gestion et le traitement des troubles psychiatriques. « Je m’occupe aussi, dans chaque hôpital ou centre, du coaching d’un infirmier spécialisé en psychiatrie, afin qu’il effectue le suivi du service au quotidien, aussi entre les missions de Médecins Sans Vacances. Depuis l’installation du système du coaching dans chaque centre, nous remarquons une grande amélioration de la qualité des soins en général. Les coaches assistent leurs collègues – qui n’ont souvent pas eu de formation en psychiatrie – à mieux comprendre et gérer la maladie mentale. Le savoir guérit ! » explique Veronique. «En tant que volontaire, lorsque nous accompagnons des hôpitaux partenaires, nous n’imposons en aucun cas notre vision des choses. C’est l’hôpital lui-même qui définit ses objectifs: nous sommes surtout là pour mettre ensemble comment y parvenir. Et les progrès sont clairement visibles sur le terrain. C’est encourageant, car avec de petits changements, on atteint déjà de grands résultats.»

Déstigmatiser les maladies mentales   

Un travail de déstigmatisation est aussi effectué auprès de la population. Au Congo par exemple, un tournoi de foot est parfois organisé, lors duquel des équipes de différents hôpitaux – composés du personnel soignants et de patients – s’affrontent. «L’objectif est, qu’à travers le sport, les personnes malades mentalement soient mieux acceptées dans la société.»

Histoire du terrain

« Je me souviens d’une histoire qui m’a marquée lorsque j’étais en mission. Alors que j’étais en voiture avec le frère-directeur de l’hôpital, nous avons croisé une femme allongée sur le bord de la route. Nous pensions qu’elle était décédée, mais elle était en fait à bout de forces. Elle avait été violée et était enceinte. Comme elle souffrait de troubles mentaux, son entourage l’avait rejetée et elle était donc seule. Nous l’avons amenée à l’hôpital à Bujumbura (Burundi), où le personnel soignant l’a prise en charge durant de nombreux mois. Entretemps, l’hôpital avait retrouvé la famille de la patiente: cette dernière avait accouché d’une petite fille, dont son frère s’est occupé en attendant qu’elle puisse sortir de l’hôpital. Aujourd’hui, son état s’est stabilisé et elle vit chez son frère avec sa fille. Régulièrement, elle se rend à l’hôpital pour prendre son traitement et le service social fait un travail extraordinaire pour s’assurer que tout se passe bien à la maison. Un exemple qui montre qu’une bonne prise en charge en psychiatrie permet de sauver des vies! »

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